Face aux nombreuses distorsions géographiques de la carte Mercator, l’Union Africaine s’est récemment engagée auprès de Africa No Filter et Speak Up Africa, organisations panafricaines, pour promouvoir le projet « Correct The Map » afin de représenter réellement le continent africain.
La carte Mercator : Une Afrique marginalisée.
La projection Mercator a été conçue en 1569 par le géographe flamand Gerardus Mercator pour faciliter la navigation maritime à l’époque du commerce triangulaire. Une carte qui, confectionnée à cette époque, agrandit les zones à proximité des pôles comme l’Amérique du Nord et le Groenland, et réduit grossièrement la taille des figures un peu plus centrées comme l’Afrique.
D’après l’UA, cette déformation participe à la marginalisation du continent africain. Pourtant, il s’agit en réalité du deuxième plus grand continent au monde, derrière l’Asie, avec environ 54 pays et plus d’un milliard d’habitants. L’Afrique représente 30,7 millions de kilomètres carrés. Une superficie pouvant contenir les États-Unis, la Chine, l’Inde et la majeure partie de l’Europe réunis.
Une distorsion qui influence.
La représentation de l’Afrique du point de vue du projet Mercator influence le monde. Dans les salles de classe, dans les médias et les publications, la projection Mercator montre l’Afrique dans des proportions réduites. Si réduites qu’elle paraît beaucoup plus petite qu’elle ne l’est en réalité.
« Elle grossit artificiellement l’Europe et l’Amérique du Nord, tout en réduisant la taille de l’Afrique d’environ la moitié. », a dénoncé Fara Ndiaye, directrice adjointe de l’organisation Speak Up Africa.
Un fait qui déforme l’importance économique, culturelle et politique du continent. « Ce n’est pas un simple détail car ces représentations influencent l’éducation, les médias et la politique », a souligné Selma Malia Haddadi, vice-présidente de la commission de l’Union Africaine, s’adressant à l’agence Reuters le 14 août.
Le projet Correct The Map.
La campagne « Correct The Map », lancée en 2018 par Africa No Filter et Speak Up Africa, vise à mettre un terme au mensonge sur la taille de l’Afrique et à imposer Equal Earth dans les écoles africaines et auprès des organisations internationales.
Raison pour laquelle, à travers la campagne « Correct The Map », ces organisations demandent le soutien des organisations internationales comme l’ONU (Organisation des Nations Unies) entre autres, pour l’adoption du projet « Equal Earth« .
Une requête officielle a d’ailleurs été soumise au Comité d’experts des Nations unies sur la gestion mondiale de l’information géospatiale. Certaines institutions, comme la Banque mondiale, utilisent déjà Equal Earth, amorçant une transition vers des cartes plus justes.
Correct The Map, un engagement collectif.
Une pétition a d’ores et déjà été lancée. L’organisation invite le grand public à signer la pétition afin de tout rééquilibrer pour que chaque continent retrouve son véritable poids. L’initiative invite par ricochet les chefs d’institutions, les éducateurs et les médias à s’engager dans l’utilisation des cartes qui reflètent la taille réelle de l’Afrique.
« La géographie n’est pas seulement une histoire. La fausse représentation de l’Afrique sur les cartes du monde n’est pas seulement une erreur cartographique, c’est un problème narratif. En réduisant la taille de l’Afrique, nous minimisons inconsciemment son importance. Il est temps de prendre position », a déclaré Mory Makura, directrice exécutive d’Africa No Filter.
L’Union Africaine considère cette démarche comme cruciale afin de rendre à l’Afrique sa place sur la scène mondiale, dans un contexte de revendications pour des réparations liées au colonialisme et à l’esclavage.
« Le monde ne peut pas se permettre de continuer à prendre des décisions basées sur une distorsion vieille de 400 ans. Il est temps de corriger la carte et de recadrer le récit. », a ajouté l’Union Africaine.
La projection de Mercator, conçue en 1569, est encore utilisée dans les livres scolaires ou par Google Maps. Le changement de narratif voulu par cette initiative dépendra de son adoption par les ministères africains de l’Éducation et les organisations internationales qui pour l’heure utilisent encore Mercator.










