Sidi Ould Tah a officiellement pris ses fonctions à la tête du groupe de la Banque africaine de développement ce lundi 1er septembre durant la cérémonie de prestation de serment qui a eu lieu au Sofitel Abidjan Hôtel Ivoire en présence du président Alassane Ouattara et du chef d’État mauritanien Mohamed Ould El-Ghazaouani.
La prestation de serment.
La cérémonie a réuni les gouverneurs du groupe de la BAD, les chefs de missions diplomatiques et les chefs d’institutions régionales et internationales, entre autres.
Dans son discours d’ouverture, le ministre congolais du Plan et président du conseil des gouverneurs de la BAD a souligné le contexte marqué par des défis de plusieurs ordres et de nombreuses incertitudes.
« La situation géopolitique marquée par des conflits persistants, les guerres commerciales, les hausses de barrières douanières et non douanières créent des volatilités sur le marché des matières premières », a-t-il déclaré.
Lors de sa prestation de serment, Sidi Ould Tah a réitéré son engagement à collaborer et à travailler pour l’essor du continent. « Je prends l’engagement solennel de travailler en étroite collaboration avec le personnel administratif de la Banque dans un esprit de concertation afin de poursuivre la mission assignée à l’institution financière », a-t-il assuré.
« Au moment où j’entame mon mandat de président du groupe de la BAD, je me dois de saluer l’œuvre exaltante de mes prédécesseurs qui ont su solidifier cette grande institution financière dont nous sommes si fiers. Je ne me fais pas d’illusions sur les multiples défis, les incertitudes liées aux bouleversements géopolitiques, la réduction de l’aide au développement, le poids pesant de la dette de nos pays et le grand retard sur les ODD », a-t-il ajouté.
Après sa prestation de serment, Sidi Ould Tah a exprimé du fond du cœur sa profonde reconnaissance envers le chef d’État ivoirien, Alassane Ouattara, pour son rôle dans son accession à la présidence de l’institution financière.
Son élection.
Sidi Ould Tah avait été élu avec 76 % des suffrages par le Conseil des gouverneurs de la Banque, composé des ministres des Finances et de l’Économie ou des gouverneurs des banques centrales des 81 pays membres, qu’ils soient africains ou non africains.
Les résultats de l’élection avaient été annoncés par Nialé Kaba, ministre de l’Économie, du Plan et du Développement de la Côte d’Ivoire, qui est également présidente du Conseil des gouverneurs du groupe de la Banque.
Une élection rendue possible grâce à une intense mobilisation diplomatique, appuyée notamment par la présidence tournante de l’Union africaine exercée par le président mauritanien Mohamed Ould El-Ghazaouani en 2024, ainsi que par le soutien de pays de la Ligue arabe.
Dans sa nouvelle posture de président de la BAD, de nombreux défis devront rapidement être pris en compte dans un contexte économique africain sujet à des fragmentations et à des incertitudes.
Stratégie, défis et chantiers.
La stratégie envisagée par le nouveau président reposera sur quatre points cruciaux, à savoir : multiplication des montants engagés, transformation de la Banque (BAD) en chef de file des acteurs financiers sur le continent, création massive d’emplois pour les jeunes en soutenant les PME et accélération de la construction des infrastructures africaines de transport et d’énergie.
Au-delà de cette stratégie, le chantier le plus urgent sera la reconstitution du Fonds africain de développement (FAD). À cela s’ajoute l’appui aux PME africaines. Un mécanisme qui se fera de façon indirecte à travers des prêts accordés aux banques. Une initiative qui permet de placer la Banque au cœur du financement des entreprises.
Ambition.
Pour répondre au besoin du continent en matière de développement, Sidi Ould Tah envisage de mobiliser 400 milliards de dollars par an. Ce qui équivaut à 2 000 milliards en cinq ans. Une cagnotte qui permettra à l’Afrique de se doter d’infrastructures pour accélérer et accroître un peu plus la création des richesses, de transformer la croissance démographique en dividende économique via un investissement sur la jeunesse africaine, et de réformer l’architecture financière africaine dans le but de renforcer la synergie entre les institutions multilatérales.
Les projets d’industrialisation et la transformation locale des matières premières occupent également une place centrale dans sa vision. « Il est crucial que l’Afrique développe son industrialisation et que ses matières premières soient transformées sur son sol », a déclaré Sidi Ould Tah.
Le nouveau président devra également convaincre les grandes agences de notation financière de revoir leurs copies sur les pays africains. Car il est inconcevable que l’Afrique continue à se financer à des taux qui obèrent son développement.
Sidi Ould Tah, l’expert en finance.
Avec plus de 35 ans d’expérience, Sidi Ould Tah a bâti sa carrière entre diplomatie et finance. Il a d’ailleurs été à la tête de la Banque arabe pour le développement économique en Afrique (BADEA) pendant 10 ans (2015-2025) et a renforcé la crédibilité de l’institution en améliorant ses notations de crédit et en portant son capital de 5 à 20 milliards de dollars en trois ans.
Par ailleurs, il a exercé la fonction de ministre de l’Économie et des Finances de son pays. Il a aussi occupé des responsabilités élevées au sein d’organismes multilatéraux et a conduit de nombreuses initiatives en lien avec la gestion de crises, la modernisation financière et la mobilisation novatrice de ressources pour le continent africain.
Fort de son expérience, Sidi Ould Tah se présente également comme un artisan d’une gouvernance financière africaine capable de conjuguer innovation, solidarité et influence sur la scène financière mondiale en général et africaine en particulier.
Il a souligné que la collaboration et le travail acharné étaient essentiels pour relever les défis de l’Afrique. Son administration mettra l’accent sur le développement économique et les réformes sociales.










