En pays bamiléké, il existe un culte dans lequel des crânes sont utilisés pour créer des liens avec les aïeux et vénérer les ancêtres. Pratique-t-on le culte des crânes ou alors le culte avec les crânes ? C’est une question qui a lieu d’être. Car, du point de vue anthropologique, la nuance entre culte des crânes et culte avec les crânes est à la fois sémantique, rituelle et symbolique.
Définition et spécificités.
1- Le culte des crânes.
Le culte des crânes est un culte basé et centré de manière spécifique sur les crânes humains, les crânes des ancêtres, héros et/ou figures fondatrices. Ces crânes sont considérés comme étant des objets sacrés porteurs de puissance spirituelle et de protection.
Dans ce culte, le crâne est le point crucial du culte, l’objet principal du culte en lui-même. Ici, les crânes sont vénérés, honorés, et parfois on leur offre des sacrifices. Les pratiquants de ce type de culte pensent que ces crânes abritent l’âme ou la force vitale du défunt.
Les objectifs du culte des crânes sont multiples, parmi lesquels la protection, la bénédiction, la continuité lignagère ou la communication avec le monde des ancêtres. En pays bamiléké, les crânes des ancêtres sont conservés dans une case sacrée pour le culte des ancêtres (Byi’ si ou Ngi).
Notons qu’en Mésopotamie, on enterrait les crânes sous les maisons pour maintenir le lien avec les morts. En conclusion, le crâne ici est le centre du rituel : c’est l’objet sacré auquel on s’adresse.
2- Le culte avec les crânes.
Le culte avec les crânes se distingue du culte des crânes. Dans ce culte, le crâne n’est pas l’objet du culte, mais un élément rituel précieux utilisé dans un grand culte, un culte large (magique, religieux ou initiatique).
Dans le culte avec le crâne, le crâne est juste un instrument précieux et important du culte. Il est un support symbolique et/ou un médiateur dans le rituel. Le crâne ici participe au culte, mais n’est pas l’objet principal.
On effectue des cultes avec les crânes pour concentrer la puissance, invoquer les esprits ou renforcer un rite initiatique ou guerrier.
Dans la pratique du culte avec le crâne, le crâne d’un ancêtre est posé à côté du chef du rituel comme symbole de continuité spirituelle, sans être directement adoré. Donc, le crâne dans ce cas n’est qu’un moyen rituel. On fait un culte avec et non à lui.
« Il est courant d’entendre parler de culte des crânes. Cette expression est pourtant inexacte et réductrice. En réalité, il ne s’agit pas d’un culte des crânes, mais d’un culte avec les crânes. Car ceux-ci ne sont pas adorés en tant qu’objets, mais sont considérés comme des supports symboliques et spirituels de la présence de nos ancêtres« , a déclaré Chabrol Devos sur ses réseaux sociaux.
Le rapport aux ancêtres.
D’après Chabrol Devos, le rapport aux ancêtres s’organise en trois niveaux : le feu-si, le Si-tôndié et le Si-la’a.
Le feu-si concerne les ancêtres de la maison. Chaque concession familiale conserve les crânes des ancêtres directs. Ces crânes représentent l’autorité et la mémoire des défunts dans la maison. Ils sont honorés à travers des rituels pour maintenir le lien entre les vivants et leurs ancêtres qui veillent sur la famille et intercèdent pour elle.
Le si-tôndié, le dieu de la descendance, ou le Zi’g-si, le lieu sacré de la descendance, se traduit littéralement par « la place de Dieu« . Ce culte se déroule au pied de l’arbre sacré de la concession. C’est un espace de rassemblement spirituel pour toute la descendance. C’est à cet endroit qu’on invoque les ancêtres de la lignée élargie afin de renforcer la solidarité, l’unité, et la continuité spirituelle entre les générations.
Le Si-la’a, à ce niveau, est le lieu sacré de tout le village : un sanctuaire. Un endroit collectif où toute la communauté se réunit pour honorer les ancêtres fondateurs et protecteurs du peuple. Ce lieu symbolique est l’identité commune de tout le village et de ses racines communes.
« Avec ces trois étapes, les Bamiléké se rapprochent de la divinité suprême. C’est pourquoi, dans la tradition bamiléké, l’homme passe par ses ancêtres qui jouent un rôle intermédiaire entre le monde des vivants et le Dieu créateur« , a-t-il déclaré.
En somme, sachons une chose : le culte des crânes est un culte pour les crânes. Le culte avec les crânes est un culte utilisant les crânes.










