L‘Égypte possède désormais un grand musée pour la civilisation pharaonique. L’infrastructure a été inaugurée le samedi 1er novembre 2025. L’événement a été marqué, entre autres, par un spectacle de drones, symbole de la volonté du pays d’allier tradition et modernité.
La cérémonie d’inauguration.
La cérémonie a réuni près de 80 délégations officielles, la plupart constituées de membres de familles royales européennes et arabes, ainsi que plusieurs chefs d’État et de gouvernement.
« J’appelle à faire du musée une plateforme de dialogue, un lieu de connaissance, un forum pour l’humanité et un phare pour tous ceux qui aiment la vie et croient en la valeur de l’humanité », a déclaré Abdel-Fattah el-Sissi, président égyptien, durant la cérémonie.
La cérémonie a offert un spectacle grandiose : un orchestre, des figurants costumés en anciens Égyptiens et un ballet de drones illuminant le ciel du plateau de Gizeh. Le président El-Sissi a également posé aux côtés de plusieurs délégués, parmi lesquels des représentants royaux de Belgique, d’Espagne, du Danemark, de Jordanie, des pays du Golfe et du Japon.
Le musée pour la civilisation pharaonique.
Le projet de construction de ce musée a été lancé en 2005, sous la présidence de Hosni Moubarak. Estimé à plus d’un milliard de dollars, le projet a connu plusieurs retards, notamment après l’émeute de 2011 et, plus récemment, à cause des douze jours de conflit entre Israël et l’Iran survenus en juin dernier.
Situé à proximité des célèbres pyramides de Gizeh et du Sphinx, ce musée, dont la construction a pris environ vingt ans, représente aujourd’hui la pièce maîtresse des efforts du gouvernement pour relancer le tourisme et dynamiser une économie en difficulté.
Le GEM (Grand Musée Égyptien) ambitionne d’accueillir jusqu’à cinq millions de visiteurs par an, selon le ministre du Tourisme et des Antiquités, Sherif Fathy. Cela le placerait parmi les musées les plus fréquentés au monde : en 2024, le Louvre à Paris en a reçu 8,7 millions, le British Museum 6,5 millions et le Metropolitan Museum of Art de New York 5,7 millions.
Le GEM : l’infrastructure.
L’infrastructure de pierre et de verre, conçue sur près d’un demi-million de mètres carrés, a coûté plus d’un milliard de dollars. Elle a été réalisée par le cabinet Heneghan Peng, avec le soutien financier et technique du Japon.
Son attraction phare est le trésor de Toutânkhamon, découvert en 1922 dans un tombeau inviolé de la Vallée des Rois, en Haute-Égypte, avec ses près de 5 000 objets funéraires, réunis pour la première fois dans un même espace.
Au total, le GEM abrite les quatre pyramides (Gizeh, Khéops, Khéphren et Mykérinos) et plus de 100 000 vestiges, dont la moitié seront exposés, soit la plus grande collection au monde consacrée à une seule civilisation, qui a vu défiler trente dynasties sur 5 000 ans d’histoire.
Parmi ces vestiges figurent plus de 4 500 objets funéraires du jeune pharaon exposés ensemble, dont son célèbre masque en or et les cercueils imbriqués de son sarcophage ; un bâtiment de 4 000 m² est dédié à la barque solaire de Khéops, l’un des plus anciens artefacts en bois connus, et une seconde barque, en cours de restauration, est visible derrière une paroi vitrée.
Le musée comprend également des galeries, des réserves, des laboratoires, des bibliothèques, un centre de conférence, des restaurants et des boutiques.
Soulignons qu’à l’entrée, le public est accueilli dans l’immense atrium par la statue la plus monumentale du musée, 83 tonnes de granite, onze mètres de haut, représentant Ramsès II, le pharaon qui a régné sur l’Égypte pendant 66 ans, il y a plus de 3 000 ans.
Contrairement au musée centenaire, désuet et exigu, du centre du Caire, le GEM propose, entre ses murs en pierre couleur sable, des galeries immersives, un éclairage de précision, des expositions en réalité virtuelle et même un musée pour enfants.
Les férus d’archéologie pourront y suivre, à travers une baie vitrée, les travaux du laboratoire de conservation, où se poursuit la restauration d’une barque solaire vieille de 4 500 ans, retrouvée enterrée près de la pyramide de Khéops.
Il faut faire vivre le musée !
Les observateurs avertissent que son succès à long terme dépendra d’un tourisme stable et d’une infrastructure de soutien solide. L’archéologue égyptien Hussein Bassir a déclaré que l’avenir du musée dépend du « travail d’entretien régulier pour préserver le bâtiment et ses trésors ».
« Si l’élan actuel n’est pas maintenu, le musée pourrait rapidement perdre son attrait et le nombre de visiteurs pourrait chuter », a-t-il ajouté.
Le secteur touristique égyptien, une source vitale de devises étrangères et d’emplois, a été maintes fois ébranlé au cours de la dernière décennie et demie, de l’insurrection de 2011 aux vagues de troubles et aux attaques terroristes sporadiques qui ont suivi.
Elhamy al-Zayat, ancien président de la Fédération égyptienne du tourisme, a déclaré que le musée fait partie d’un plan plus large visant à transformer tout le plateau de Gizeh. « L’Égypte a créé une toute nouvelle zone culturelle et touristique sur le plateau, avec un aéroport à proximité et des installations pour visiteurs améliorées aux pyramides », a-t-il indiqué.
Les routes menant au plateau ont été rénovées, un système de billetterie numérique a été introduit et des bus électriques climatisés circulent désormais devant les pyramides. Les responsables estiment que le GEM, à lui seul, pourrait attirer jusqu’à sept millions de visiteurs par an, ce qui porterait le nombre total de visiteurs à 30 millions d’ici 2030.
Cette inauguration, par son faste et sa portée symbolique, rappelle celle du canal de Suez en 1869, lorsque l’Égypte avait déjà rassemblé sur son sol une impressionnante assemblée de souverains et dignitaires étrangers.
Notons que ces dernières années, le tourisme a montré des signes de reprise, avec 15 millions de visiteurs en Égypte au cours des neuf premiers mois de 2025, générant 12,5 milliards de dollars, soit une augmentation de 21 % par rapport à l’année précédente.
Cependant, certains observateurs restent prudents, affirmant que l’instabilité régionale, y compris les conflits en cours à Gaza et au Soudan, ainsi que les pressions économiques, risquent de compromettre le potentiel du musée.










