La ville de Benghazi, en Libye orientale, a accueilli le 20ᵉ sommet du Comité des services de renseignement et de sécurité en Afrique (CISSA) les 25 et 26 août 2025. Présidé par la Libye, qui assure la présidence de l’organisation pour 2025, l’événement a réuni des délégations de cinquante pays africains ainsi que plusieurs partenaires internationaux.
La rencontre, placée sous le thème « Prévenir les conflits et les guerres récurrentes en Afrique », a principalement porté sur plusieurs enjeux sécuritaires majeurs. Les discussions se sont concentrées sur la lutte contre le terrorisme, l’immigration irrégulière et ses impacts économiques et sécuritaires, ainsi que sur la criminalité transfrontalière, incluant les trafics d’armes, de drogues et la traite des êtres humains. La question de l’échange d’informations sécuritaires a également été au cœur des débats. Pour progresser sur ces dossiers, certains pays ont proposé des suggestions pratiques visant à développer surtout la coordination et l’échange d’informations.
Lors de son discours d’ouverture, le chef du renseignement libyen a souhaité la bienvenue aux délégations, mettant en avant le symbole que représente Benghazi, ville ayant vaincu le terrorisme et retrouvé sa sécurité. Il a affirmé que l’organisation de cette conférence en Libye marquait le retour du pays sur la scène africaine. Son ambition est désormais de proposer des initiatives pour renforcer la coopération en matière de sécurité et de renseignement.
Les travaux ont débuté par un exposé du représentant de l’Union africaine en charge de la paix et de la sécurité, dressant un état des lieux du continent. Les participants ont ensuite examiné la menace terroriste grandissante et les moyens d’améliorer la coopération entre États pour y faire face. Enfin, des décisions structurelles ont été prises concernant le fonctionnement de la CISSA, notamment la composition de ses équipes et le choix du pays hôte de la prochaine réunion.
Le secrétaire exécutif du CISSA a réaffirmé le principe selon lequel la sécurité relève d’une responsabilité collective. Il a en outre souligné que les causes profondes de la migration irrégulière des jeunes résidaient dans le chômage et les déficits de justice sociale, lançant un appel pour que l’Afrique mobilise ses ressources endogènes et son potentiel afin de contrer ce phénomène.
La tenue de ce sommet à Benghazi revêt une importance historique et symbolique considérable. Pour le chef des renseignements libyens, c’est un « message fort » démontrant la volonté de la Libye de surmonter ses crises et de retrouver son rôle d’acteur influent sur le continent. Les participants ont unanimement insisté sur la nécessité d’une approche combinant sécurité et développement.
Organiser cette conférence annuelle à Benghazi, une ville de l’Est de la Libye contrôlée par le maréchal Khalifa Haftar, est un choix stratégique. Pour les autorités de l’Est, cet événement est l’occasion d’affirmer leur nouveau rôle sur la scène régionale.
Depuis 2014, Haftar s’est construit une image de rempart contre le terrorisme, de garant de la stabilité et de partenaire clé pour la sécurité en Afrique. Il se présente comme l’homme fort qui a rétabli l’ordre dans sa zone de contrôle, contrairement à l’Ouest du pays, qu’il dépeint comme plongé dans le chaos même si, en réalité, cette stabilité reste très relative.
Les autorités de l’Est voient leur légitimité se renforcer et étendent leur réseau à l’étranger.La réputation internationale du maréchal Haftar lui permet de former des partenariats stratégiques, notamment avec la Turquie. Cette alliance est motivée par un calcul politique froid, bien plus que par le respect de la démocratie ou des droits humains.
La tenue du 20ᵉ sommet du CISSA à Benghazi dépasse ainsi le cadre d’une simple réunion technique. Elle constitue un événement à forte portée symbolique et géopolitique.










