Le magazine Jeune Afrique suspendu au Mali. La décision a été prise le 16 janvier 2026 par le ministère de l’Administration territoriale. Une suspension qui interdit formellement la circulation, la distribution et la vente dudit magazine. La cause : une publication jugée par les autorités comme relevant de l’apologie du terrorisme et constituant un trouble à l’ordre public.
L’interdiction formelle.
La suspension de Jeune Afrique a été actée le 16 janvier 2026 par le ministre de l’Administration territoriale et de la Décentralisation, le général de division Abdoulaye Maïga. Le texte se fonde sur la Constitution, la Charte de la Transition révisée, la loi portant régime de la presse et des délits de presse, ainsi que sur la « nécessité de préserver l’ordre public ».
Dans cette décision, le ministère interdit, sous toutes ses formes, la circulation, la distribution et la vente du journal Jeune Afrique en République du Mali. La mesure comprend tant les éditions papier que les supports numériques accessibles sur le territoire national. Ladite suspension a pris effet dès la date de signature et prévoit des sanctions à l’encontre de toute personne qui contreviendrait à cette interdiction.
Les faits.
Les autorités maliennes reprochent à Jeune Afrique d’avoir formulé des « accusations fallacieuses et subversives » à l’encontre du Mali, notamment à propos de la perturbation de l’approvisionnement en hydrocarbures observée fin 2025. Le journal est également accusé d’« apologie du terrorisme », sans que des extraits précis ne soient cités dans la décision ministérielle.
Le ministère évoque également dans sa correspondance une « absence d’objectivité journalistique », une « partialité » et un « discours orienté » dans le traitement de sujets jugés sensibles. Il accuse le magazine de relayer des « allégations sans fondement » faisant état d’exactions contre une partie de la population, imputées, selon le gouvernement, aux autorités des pays membres de la Confédération des États du Sahel ainsi qu’aux Forces armées burkinabè.
Les autorités estiment enfin que certains contenus relèvent de la « diffamation » et de « l’incitation à la haine », des accusations qui, selon le communiqué, justifient l’interdiction du journal afin de préserver l’ordre public.
La sempiternelle crise du carburant.
La suspension de Jeune Afrique intervient dans un contexte particulièrement tendu au Mali, marqué par une grave pénurie de carburant observée entre octobre et novembre 2025, sur fond de crise sécuritaire persistante. Selon les autorités maliennes, cette situation avait été provoquée par un blocus imposé sur plusieurs axes stratégiques par le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), organisation jihadiste affiliée à Al-Qaïda, perturbant l’acheminement des hydrocarbures vers Bamako et plusieurs régions de l’intérieur du pays.
Dans ce contexte, le 15 janvier 2026, Jeune Afrique a publié sur son site un article intitulé « Crise du carburant au Mali : pourquoi Assimi Goïta ne parvient pas à sortir de l’ornière », dans lequel le magazine s’interroge sur la gestion de cette crise par les autorités de transition. L’article revient notamment sur les solutions mises en place par les militaires pour contourner le blocus, les difficultés logistiques rencontrées sur les corridors d’approvisionnement, ainsi que sur le coût du dispositif sécuritaire mobilisé pour escorter les convois de carburant. Jeune Afrique y évoque un mécanisme jugé « coûteux et difficilement soutenable » dans la durée, compte tenu de la fréquence des attaques et de l’étendue des zones à sécuriser.
Plus largement, cette mesure s’inscrit dans un environnement médiatique de plus en plus contraint depuis l’arrivée des militaires au pouvoir à la suite des coups d’État d’août 2020 et de mai 2021.
La mise au point de Jeune Afrique.
Dans une mise au point rendue publique le 19 janvier 2026, le magazine s’est exprimé en rapport avec cette suspension. Jeune Afrique estime que les autorités de transition ont, depuis leur avènement, adopté plusieurs mesures qualifiées de répressives à l’égard de la presse, notamment à travers la suspension ou la restriction de diffusion de médias nationaux et étrangers, le retrait d’autorisations d’exercer, ainsi que des pressions judiciaires ou administratives visant des journalistes et des voix critiques.
Le magazine rappelle que plusieurs correspondants de médias internationaux ont été contraints de quitter le Mali, de s’exiler ou de suspendre leurs activités, faute d’accréditation officielle ou en raison de conditions d’exercice devenues incompatibles avec leur travail.
La direction et les rédactions de Jeune Afrique Media Group déplore une décision qualifiée « d’arbitraire et archaïque ». Le groupe rejette l’ensemble des accusations formulées par les autorités maliennes et conteste les motifs invoqués, notamment ceux liés à l’ordre public.
Jeune Afrique affirme que cette interdiction « prive les lecteurs maliens d’un accès à une information pluraliste » et s’inscrit, selon le média, dans une série de mesures répressives prises à l’encontre de la presse indépendante. Le magazine indique qu’il reviendra ultérieurement sur cette décision et sur ses implications.
En rappel, ce n’est pas la première fois que le média fait face à une suspension dans la région du Sahel. En 2023, le Burkina Faso avait également interdit la diffusion de Jeune Afrique sur son territoire, une décision que les autorités avaient justifiée par la publication d’articles jugés « mensongers » ou « tendancieux », notamment au sujet de supposées tensions au sein de l’armée burkinabè.










