L’énergie, moteur des Objectifs de Développement Durable
En 2015, les Nations Unies ont adopté les Objectifs de Développement Durable (ODD). Parmi les 17, l’ODD 7 « Énergie propre à un coût abordable pour tous », est souvent considéré comme le carburant qui fait avancer les autres. Pourtant, selon les données de l’ONU, près de 600 millions de personnes en Afrique subsaharienne n’ont toujours pas accès à l’électricité.
La population mondiale, estimée à 8,2 milliards selon Statista, devrait atteindre 9,7 milliards d’ici 2050. En plus de la croissance démographique, l’essor fulgurant des technologies numériques, spatiales et l’intelligence artificielle ne fera que faire grimper la demande énergétique. Face à cette course, les combustibles fossiles (pétrole, gaz, charbon) limitées et polluantes, ne pourront pas tenir la cadence sans précipiter la planète dans une impasse écologique. L’énergie nucléaire, longtemps controversée, revient sur le devant de la scène, notamment sous une forme plus compacte et flexible : les petits réacteurs modulaires plus connus sous l’acronyme SMR (Small Modular Reactor).
Les SMR : une centrale nucléaire dans une boîte
Les petits réacteurs modulaires fonctionnent sur le même principe que les grandes centrales : la fission nucléaire produit de la chaleur, transformée en électricité. Mais ici, tout est réduit : moins d’un hectare de surface, 5 à 15 mètres de hauteur, et une capacité de jusqu’à 300 MWe par module.
Du fait qu’ils occupent une fraction de la taille d’un réacteur conventionnel, ils peuvent être assemblés en usine avant d’être transportés sur site. En plus de l’électricité, ils peuvent générer de l’hydrogène, chauffer des bâtiments ou dessaler de l’eau. Leur sécurité repose sur des mécanismes passifs comme la convection ou la gravité, qui permettent un arrêt automatique en cas de problème. Certains modèles ne nécessitent de recharger le combustible que tous les 3 à 7 ans, voire 30 ans.
L’Agence Internationale de l’Énergie Atomique (AIEA) recense plus de 80 modèles commerciaux en conception dans le monde. Certains sont déjà opérationnels : le KLT-40S en Russie alimente la Sibérie, tandis que le HTR-PM en Chine fournit chaleur et électricité. Un sous-ensemble encore plus compact existe : les microréacteurs. Parfaits pour les zones reculées, les villages isolés ou les entreprises autonomes, ils peuvent fonctionner off-the-grid, c’est-à-dire sans être connectés au réseau électrique national. Mais le continent a-t-il vraiment besoin de l’énergie nucléaire, alors qu’il dispose déjà d’un vaste potentiel énergétique ?
Un potentiel énergétique sous-exploité, mais pourquoi ?
L’Afrique détient l’un des plus grands potentiels énergétiques au monde : 125 milliards de barils de pétrole, 18 trillions de m³ de gaz naturel, et 60 % du potentiel solaire mondial. Le rapport Deloitte Afrique Énergie d’octobre 2023 souligne que le continent dispose de 10 térawatts de solaire, 35 GW d’hydroélectricité, 110 GW d’éolien et 15 GW de géothermie.
Mais avoir des ressources ne suffit pas, il faut les exploiter. En 2024, l’International Energy Agency (IEA) estimait à 25 milliards de dollars par an l’investissement nécessaire pour éliminer la précarité énergétique en Afrique. Les projets renouvelables y reçoivent peu de financements, les infrastructures sont fragiles, et les solutions de stockage pour ces formes d’énergie restent limitées. De plus, le transport de l’électricité depuis les sites de production vers les lieux de consommation reste un défi logistique majeur, défi qui pourrait bien être relevé par les SMR.
Avantages des SMR pour l’Afrique : mode off-the-grid
La plupart des lignes de transmission en Afrique datent de l’époque coloniale. Vieilles, fragiles, inadaptées aux hautes tensions, elles couvrent le territoire de manière inégale. Les SMR, eux, peuvent être installés hors réseau, dans des zones difficiles d’accès à l’instar des montagnes, des villages reculés ou des régions sinistrées. Ils produisent l’énergie là où elle est consommée, réduisant ainsi les pertes et les coûts liés aux infrastructures.
Ils pourraient également offrir une autonomie énergétique précieuse aux industries lourdes, avec moins de dépendance au réseau électrique publique, moins de coupures et des économies à long terme. Les microréacteurs, quant à eux, sont adaptés aux microgrids et peuvent remplacer les groupes électrogènes au diesel. Dans les zones rurales, ils pourraient assurer une énergie stable et leur déploiement rapide serait également un atout en cas de catastrophes naturelles ou de crises humanitaires.
Les petits réacteurs modulaires ne sont pas qu’une innovation technologique : ils sont une réponse concrète aux défis énergétiques du 21 ème siècle. En Afrique, où les infrastructures sont souvent limitées et les besoins criants, leur flexibilité, leur autonomie, et leur capacité à fonctionner hors réseau en feraient des alliés stratégiques. En complément aux énergies renouvelables, les SMR pourraient bien être la pièce manquante du puzzle énergétique mondial. Ils ne remplaceraient pas le solaire ou l’éolien, mais les renforceraient, en apportant une source stable et pilotable. Une synergie qui pourrait bien transformer le paysage énergétique africain.










