C’est dans l’effervescence de l’Institut français de Kinshasa, où il est actuellement en résidence, que pour la première fois, depuis la création de ce prestigieux concours littéraire Voix d’Afriques, un auteur de la République démocratique du Congo (RDC) remporte le prix. Pascal Boroto, originaire de Bukavu, succède ainsi aux lauréats ivoiriens, camerounais et brazza-congolais, marquant ainsi l’entrée de la RDC au palmarès du Prix Voix d’Afriques.
Ce trophée, fruit d’un partenariat entre RFI, les éditions JC Lattès et la Cité internationale des Arts à Paris, vient couronner un premier roman d’une intensité rare intitulé « Le nom de ma mère ». Son œuvre, profondément personnelle, rend hommage à sa mère, la célèbre journaliste Solange Lusiku, et aux réalités de l’Est du Congo. Une consécration qui révèle une nouvelle voix forte de la littérature africaine.
L’œuvre primée n’est pas seulement un exercice de style, c’est un cri du cœur et un devoir de mémoire. Économiste de formation mais écrivain par nécessité intérieure, Pascal Boroto s’est inspiré de sa propre trajectoire pour bâtir son récit. Le roman est un hommage vibrant à sa mère.
À travers ses pages, l’auteur explore le vide laissé par cette femme de courage et cherche à définir comment marcher dans les pas d’une héroïne tout en traçant son propre chemin. Pour le jury, présidé pour la seconde fois par le Prix Goncourt Mohamed Mbougar Sarr, la plume de Boroto a su capturer cette tension fragile entre le deuil personnel et l’engagement public.
Pascal Boroto.
Le parcours du narrateur dans le roman fait écho à l’engagement social de l’auteur sur le terrain. Après avoir intégré la rédaction du journal fondé par sa mère, le protagoniste s’envole pour Goma, ville martyre de l’Est de la RDC. Ce voyage initiatique plonge le lecteur dans la réalité des camps de déplacés et des zones de conflit.
Pascal Boroto, qui a lui-même travaillé au sein d’équipes de collecte de données et fondé l’association « Les Voix des Oubliés », utilise la fiction pour donner une résonance humaine aux statistiques de la guerre. Son écriture se veut un pont entre ceux qui souffrent dans l’ombre et le reste du monde, transformant la douleur des déplacés en une matière littéraire universelle.
Le jeune lauréat écrivain, né en 2001, ne cache pas son émotion, lui qui avait soumis son manuscrit sur la plateforme numérique du concours seulement deux semaines avant la date limite. En remportant cette 5e édition face à quatre autres finalistes, il bénéficie désormais d’un tremplin exceptionnel : une publication aux éditions JC Lattès et une visibilité internationale offerte par RFI.
Soulignons qu’au-delà de la récompense individuelle, ce prix célèbre l’émergence d’une nouvelle garde littéraire congolaise, prête à porter haut les couleurs d’une Afrique qui écrit ses propres vérités.










