Ces avancées pourraient potentiellement faire du Ghana le troisième pays africain à posséder une centrale nucléaire, après l’Afrique du Sud et l’Égypte, et le premier à déployer des SMRs sur le continent.
Un projet enraciné dans l’histoire.
Les ambitions ghanéennes de se tourner vers le nucléaire remontent à 1960 avec leur premier président, S.E. le Dr Kwame Nkrumah, qui a commencé avec le réacteur nucléaire de recherche de Kwabenya. Après une longue pause due aux instabilités politiques, l’idée a ressurgi dans les années 2000, suite aux crises électriques qui ont frappé l’Afrique.
Le Ghana avait déjà manifesté son désir d’inclure le nucléaire dans son mix énergétique, qui pour le moment est largement dominé par les énergies fossiles, 61 % de gaz selon les données en temps réel fournies par Electricity Map. Le pays fait également partie des trois seuls États africains, aux côtés du Nigéria et du Maroc, à avoir signé des accords sur le climat lors de la COP28, visant à tripler la capacité de production nucléaire mondiale d’ici 2040 afin d’atteindre la neutralité carbone. Ces ambitions historiques se concrétisent aujourd’hui à travers des projets structurants.
Le Ghana et ses projets nucléaires.
1 GW électrique, c’est la capacité que le Ghana ambitionne d’ajouter à son réseau électrique d’ici 2030 grâce à l’énergie nucléaire, selon une déclaration faite lors d’un point de presse à Accra par Dr Yamoah Stephen, directeur exécutif de Nuclear Power Ghana (NPG). Fondée en 2018, cette entité est désignée comme propriétaire et opérateur de la première centrale nucléaire du pays.
En effet, le Ghana envisage d’achever la construction de sa première centrale nucléaire, Nuclear Power Ghana, d’ici 2030. À la suite d’un processus de sélection engageant 16 entreprises, le Ghana a signé en mars dernier, avec les sociétés américaines NuScale Power et Regnum Technology Group, un accord commercial pour le déploiement d’une centrale SMR NuScale-12 conçue pour utiliser 12 modules capables de produire 77 MWe par module. Parallèlement, un accord de coopération a été conclu avec la firme chinoise China National Nuclear Corporation (CNNC) afin d’étudier la construction d’une centrale nucléaire conventionnelle d’une capacité de 1 200 MWe. Ces deux projets permettront de répondre à ses besoins croissants en énergie tout en respectant ses engagements climatiques.
Un programme nucléaire bien structuré.
Le programme nucléaire ghanéen est placé sous la tutelle du Ministère de l’Énergie, et est articulé autour de trois institutions principales :
• La Ghana Atomic Energy Commission (GAEC), chargée d’apporter le soutien technique et l’expertise nécessaires au développement du programme.
• La Nuclear Regulatory Authority (NRA), responsable de la régulation et de la surveillance des installations nucléaires.
• Nuclear Power Ghana (NPG), opérateur et propriétaire de la future centrale nucléaire.
Ce dispositif est soutenu par plusieurs partenaires internationaux comme ENEN et DEVCO, qui accompagnent notamment la formation de la main-d’œuvre locale. Le Ghana dispose également de la School of Nuclear and Allied Sciences (SNAS), une école supérieure dédiée à la formation des futurs professionnels du secteur nucléaire.
Depuis la déclaration officielle du président S.E. Nana Addo Dankwa Akufo-Addo le 31 août 2022, le Ghana est entré dans la phase 2 sur les trois phases du processus d’introduction du nucléaire. Cette deuxième phase inclut la sélection d’un site d’implantation, dont un premier a été validé à la suite d’une mission d’experts de l’AIEA en février 2025. Un site alternatif est en cours d’évaluation pour anticiper tout imprévu.
Le pays a déjà mis en place plusieurs des 19 infrastructures clés requises pour le lancement d’un programme nucléaire. Selon l’étude How Ghana Can Achieve Its Nuclear Energy Goals with SMRs, publiée en 2024 à l’Université de Stanford par Leon Garcia, la production annuelle de déchets serait estimée à 1,3 m³. Des sites d’entreposage ont déjà été identifiés pour accueillir ces volumes, en plus du fait que le Ghana soit l’un des rares pays africains à disposer d’un site d’entreposage dédié, géré par la GAEC.
Avec tout cela, le Ghana semble se positionner petit à petit comme leader dans le secteur du nucléaire en Afrique subsaharienne. Comme l’a souligné Aleshia Duncan, sous-secrétaire adjointe à la politique et à la coopération internationale en matière d’énergie nucléaire au sein du Bureau de l’Énergie Nucléaire du Département de l’Énergie des États-Unis (DOE).
« Alors que nous engageons le dialogue avec divers pays du continent africain concernant leur volonté d’intégrer l’énergie nucléaire comme composante essentielle de leur mix énergétique, le Ghana s’est distingué comme un partenaire unique. Son profil correspond à notre mission de soutenir les marchés émergents et de bâtir des leaders régionaux, tout en étant animé par une forte volonté propre d’accélérer le déploiement de nouvelles capacités nucléaires. »
La seule question qui reste en suspens est : les autres pays d’Afrique subsaharienne sauront-ils suivre le rythme ?










