Une reconnaissance internationale pour une œuvre singulière
Choisi parmi une liste restreinte de cinq praticiens culturels d’exception, dont Jessica Ekomane, Nnenna Onuoha, Lerato Shadi et Sarnt Utamachotem, Tanka Fonta s’impose comme une figure majeure des arts visuels et des pratiques sonores contemporaines.
Le jury, composé notamment de Bonaventure Soh Bejeng Ndikung, Antje Majewski et Mirjami Schuppert, a salué une œuvre qui, sur plus de quatre décennies, a su déployer une recherche profonde sur la perception, la mémoire et les formes de relation.
Dans leur déclaration, les membres du jury soulignent la capacité de Fonta à créer des espaces d’interconnexion authentique, où image, son et geste poétique entrent en résonance. Son travail est décrit comme un « champ de vibrations » dans lequel se tissent mémoire vivante et mémoire ancestrale.
Une pratique artistique entre philosophie, son et perception
Né en 1966 à Buea, au Cameroun, Tanka Fonta développe une pratique résolument multidisciplinaire, à la croisée des arts visuels, de la composition musicale, de l’écriture et de la réflexion philosophique. Son travail explore les dynamiques de la conscience humaine et les mécanismes subtils de la perception, en interrogeant les dimensions expressives de la pensée, les écologies mentales en transformation, ainsi que les relations entre langage, son et image et les récits mythopoétiques qui structurent la conscience. Sa démarche repose sur une écoute profonde, au-delà de la simple production artistique, envisagée comme un outil d’exploration du monde et des formes d’existence, nourrie par une diversité de traditions musicales et culturelles qu’il intègre dans une grammaire esthétique singulière fondée sur l’intuition, la perception et le symbolisme.
L’œuvre de Tanka Fonta s’est imposée sur la scène internationale à travers des présentations dans des institutions de premier plan, telles que la Fundação Bienal de São Paulo, le Haus der Kulturen der Welt et le SAVVY Contemporary. Ses travaux ont également été exposés à la Goodman Gallery au Cap, au Kunstverein Hannover ainsi qu’au Cameroun, notamment à l’Institut Goethe et au Musée national de Yaoundé, confirmant l’ampleur géographique et culturelle de sa pratique.
Un prix au service d’un écosystème artistique plus inclusif
Le Wi Di Mimba Wi Prize ne se limite pas à une reconnaissance symbolique. Soutenu par la AKB Stiftung, il comprend une bourse de travail d’un an de 30 000 euros, un financement pour la création d’une nouvelle œuvre, un accompagnement curatorial ainsi qu’une future exposition au SAVVY Contemporary et dans d’autres lieux. Attribué tous les deux ans, ce prix s’inscrit dans une démarche de long terme visant à soutenir les artistes de couleur basés en Allemagne et à renforcer la diversité du paysage culturel. Les précédents lauréats incluent Jean-Ulrick Désert (2022) et Setareh Shahbazi (2024).
SAVVY Contemporary : un laboratoire de pensée et de création
Fondé en 2009 à Berlin par Bonaventure Soh Bejeng Ndikung, SAVVY Contemporary se définit comme un espace hybride, à la fois organisation artistique, plateforme discursive et lieu de convivialité. Positionné « au seuil entre l’Occident et le non-Occident », il développe des pratiques critiques et collaboratives visant à repenser les cadres culturels dominants et à imaginer des formes renouvelées de coexistence.
Une invitation à écouter autrement le monde
Avec Tanka Fonta, le Wi Di Mimba Wi Prize 2026 a distingué une œuvre qui ne se contente pas de représenter le monde, mais cherche à en révéler les vibrations invisibles. À travers ses explorations de la perception et de la mémoire, l’artiste propose une autre manière d’habiter le réel, plus attentive, plus relationnelle et profondément ancrée dans l’expérience sensible. L’événement du 10 avril s’est ainsi inscrit comme un moment fort de la scène artistique berlinoise, ouvrant une invitation à repenser collectivement les pratiques d’écoute et de création.








